Création / Modes de gouvernance
Pouvoirs du dirigeant : peut-il tout faire au nom de la société ?
Un matin, vous découvrez que votre cogérant a signé un contrat stratégique, seul, sans vous consulter. Ce contrat engage désormais votre société… et vous n’en saviez rien.
Passé le choc, une question se pose : est-ce légal ? Peut-on annuler ce contrat ?
La réponse dépend d’un critère essentiel : l’acte en cause engage-t-il un tiers ou reste-t-il strictement interne à la société ?
Actes internes : un contrôle plus strict, une annulation possible
Les actes internes sont ceux qui ne produisent d’effet qu’à l’intérieur de la société - entre les organes sociaux, ou entre le dirigeant et les associés. Dans ce cadre, le respect des règles légales et statutaires est impératif. Si le dirigeant outrepasse ses pouvoirs, l’acte peut être annulé.
À titre d’exemples, un dirigeant ne peut pas :
- Faire approuver seul les comptes annuels, compétence exclusivement réservée à l’assemblée des associés ;
- Modifier les statuts de la société de sa propre initiative, cette décision relevant strictement de la collectivité des associés réunis en assemblée générale extraordinaire ;
- Emprunter de l’argent à son bénéfice ou celui d’un membre de sa famille
Dans ces cas, l’acte est nul s’il a été accompli en méconnaissance des règles internes, et le dirigeant peut voir sa responsabilité engagée. Selon la gravité, cela peut justifier sa révocation pour juste motif.
Actes externes : un pouvoir d’engagement très étendu
Les choses se compliquent lorsque l’opération entreprise par le dirigeant engage un tiers.
Le droit privilégie ici la sécurité juridique des relations commerciales : sauf exceptions très limitées, la société est engagée, même si le dirigeant a outrepassé ses pouvoirs internes.
L’acte reste valable même si le dirigeant :
- A violé les statuts (ex. : clause limitant ses pouvoirs) ;
- A agi sans l’autorisation prévue dans un pacte d’associés ou un mandat social ;
- A réalisé un acte en dehors de l’objet social (dans les sociétés à responsabilité limitée, il peut y avoir une exception) ;
- A pris une décision contraire à l’intérêt social.
Même si le tiers connaissait les restrictions, l’acte demeure en principe valable.
Seules exceptions où l’acte peut être annulé :
- En cas de fraude ou collusion entre le dirigeant et le tiers ;
- Si l’acte engage la société comme caution, avaliste ou garante sans autorisation (ex. en Société anonyme) ;
- Si l’acte vide la société de son objet, comme la cession de l’unique actif opérationnel, sans autorisation préalable des associés.
Comment encadrer efficacement le pouvoir du dirigeant ?
La sanction a posteriori (responsabilité, révocation) intervient trop tard. Pour éviter les abus, mieux vaut prévenir, en formalisant un cadre de gouvernance clair.
Un accord interne, formalisé et négocié, permet de :
- Poser les principes de loyauté, transparence, respect de l’intérêt social ;
- Lister les actes sensibles soumis à autorisation (ex. : cession d’actifs, embauche stratégique, emprunt au-delà d’un seuil) ;
- Imposer un reporting régulier (bilan mensuel, suivi de trésorerie, contrats) ;
- Interdire la réalisation de certaines opérations ;
- Prévoir des sanctions financières (clause pénale, exclusion, perte d’avantages financiers).
Pour cela, divers outils de formalisation existent :
- Pacte d’associés, outil souple et confidentiel ;
- Convention de gouvernance, signée entre associés et dirigeants ;
- Mandat social écrit, précisant les pouvoirs délégués et leurs limites ;
- Clauses statutaires, à manier avec prudence car inopposables aux tiers.
En conclusion, le pouvoir du dirigeant est certes large, mais peut être contrôlé. Bien structuré juridiquement, il devient un atout maîtrisé plutôt qu’un facteur de risque.
Formaliser les règles du jeu, c’est protéger la société… et souvent, le dirigeant lui-même.
Plus de ressources
Le succès d’une entreprise repose sur la répartition du pouvoir de direction. Pour ce faire, une écriture juridique précise est source de sécurité pour préserver l’intérêt social de la société et ce d’autant plus que le périmètre des pouvoirs du dirigeant n’est pas identique envers les associés et envers les tiers, sa rémunération doit également être bien encadrée et optimisée fiscalement et socialement et pour ce faire le pacte d’associés présente de nombreux atouts en permettant notamment d’anticiper toute situation de mésentente, voire de maitriser l’entrée au capital de tout tiers et cela en toute confidentialité et enfin de structurer la gouvernance au sein de la société et/ou du groupe de sociétés.